L'image non déformée d'Israël (info # 012301/10)
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Par Patricia La Mosca, à Paris
Haïti, c'était le 6ème jour depuis la secousse principale. Un reportage de CNN sur place, conduit par la spécialiste des affaires médicales de la chaîne :
Dans un hôpital de campagne sous-équipé, un jeune-homme souffre d'une infection généralisée.
· CNN à un médecin américain : Si vous ne lui trouvez pas un meilleur hôpital cette nuit, que va-t-il lui arriver ?
· Le médecin : Il va mourir !
· Le Dr. Jennifer Furin, de l'Ecole Médicale d'Harvard : Je suis ici depuis jeudi, personne, à part l'équipe médicale israélienne n'a accepté nos patients.
· La journaliste de CNN, maintenant dans l'hôpital israélien (très excitée) : Je suis abasourdie, juste abasourdie, c'est un autre monde, comparé aux autres hôpitaux !
Mon dieu, de l'imagerie, ils ont des machines ici, ils ont des salles d'opération ! Ils n'ont rien de tout cela dans les petits hôpitaux que j'ai visités.
· CNN s'adressant à nouveau au Dr. Furin dans l'hôpital sous-équipé : Les Israéliens ont installé un hôpital de campagne, est-ce que les Américains, le gouvernement américain, ont installé un hôpital de campagne ?
· Dr Furin : Non, actuellement pas encore.
· CNN : Alors les Israéliens, qui viennent de l'autre bout du monde... ?
· Dr Furin : C'est une chose frustrante, je ne peux pas réellement l'expliquer.
· Un autre médecin US, s'approchant spontanément de la caméra : Oui c'est quelque chose qui peut vous embarrasser d'être américain.
· Dr Furin : (...) les patients rescapés meurent lentement dans ces hôpitaux (les autres), nous sommes désespérés.
Avant de consulter les media anglo-saxons, sur l'invitation de ma rédaction, et d'entamer ma propre enquête, je croyais bêtement que les rescapés étaient dans de bonnes mains. Qu'avec les 1 800 sauveteurs venus de toute la planète, 43 équipes de secours, 160 chiens, une douzaine d'hôpitaux de campagne, et des dizaines de milliers de soldats US et canadiens pour rétablir l'ordre, les survivants n'avaient plus rien à craindre.
J'avais tout faux. Certes, c'était le début de la semaine, et les choses se sont un peu améliorées depuis, avec, entre autres, deux hôpitaux, l'un américain, l'autre français, devenant progressivement opérationnels.
Même s'ils manquent encore de matériel, du matériel qui n'arrive pas toujours à destination, à cause du monumental embouteillage à l'aéroport de Port-aux-Princes.
Dans ces conditions, comment se fait-il que l'hôpital israélien fonctionne à plein rendement depuis samedi matin dernier ? C'est ce que j'ai demandé à Arik E., un logisticien de l'Etat hébreu, que j'ai kidnappé entre deux avions à Paris pour répondre à mes questions, et qui connaît bien les tenants et les aboutissants de cette problématique.
- D'abord, me dit ce capitaine de réserve de Tsahal, notre unité d'aide en cas de catastrophe à l'étranger est toujours prête à partir. Les médecins se connaissent, les infirmiers aussi, de même que les paramédicaux et les techniciens ; ils s'entraînent régulièrement et ils savent exactement quoi faire et où aller en cas de coup dur. Ils sont disponibles en quelques heures sur un simple appel téléphonique.
Le matériel aussi est prêt. Il est stocké dans sa totalité et sa validité est constamment vérifiée.
Cela se passe de façon modulaire, avec des parties de matériel spécifiquement destinées à des types de catastrophes : tremblements de terre, inondations, incendies, drames d'origine humaine, etc., mais à la base, un hôpital reste un hôpital. Ce sont surtout les fournitures et la composition des équipes médicales elles-mêmes qui sont adaptées au type de catastrophe. Et à une intervention en été ou en hiver sur le lieu du sinistre.
La Ména : Est-ce à dire que ces personnels ne font rien d'autre qu'attendre qu'une catastrophe ne se produise en quelque endroit du globe ? Cela fait rire le capitaine.
- Vous plaisantez, Mademoiselle ? Les 40 médecins à pied d'½uvre en Haïti travaillent quotidiennement dans les plus grands hôpitaux d'Israël, de même que les 45 infirmiers et infirmières et le reste des 250 membres de notre corps expéditionnaire médical et de recherche dans les décombres.
Cela dit, un tiers de l'équipe est constitué par des réservistes de l'armée, qui se portent volontaires pour ces missions.
Cette unité d'intervention a déjà fait ses preuves à de nombreuses reprises, elle est très bien rôdée [liste des foyers d'intervention de l'unité durant les années récentes].
La seule chose qui m'étonne, c'est que le même genre de structure n'existe pas dans les autres pays développés. En fait, quand on s'y prend à l'avance, l'organisation est assez simple et ne coûte qu'une partie infime des ressources d'un Etat moderne.
Mais évidemment, lorsqu'on s'y prend après que la catastrophe se soit produite, c'est pratiquement impossible à mettre sur pied. Cela dure des semaines et ça ne peut pas tourner rond.
C'est ce qui explique qu'en Haïti, durant les premiers jours, à part chez nous, on a surtout vu des hôpitaux en manque d'équipement et des médecins en manque d'hôpitaux.
Ce qu'il y a de vraiment surprenant, dans ce gâchis – parce que ces balbutiements se paient en milliers de morts évitables – c'est qu'ils sont tous chaque fois pris de court, comme s'ils ne savaient pas que des catastrophes allaient survenir. Malheureusement, la question n'est pas "est-ce que des drames comme celui d'Haïti surviendront ?", mais "quand se produiront-ils ?"
La Ména : De quoi est composé votre hôpital de campagne ?
- Si rien n'a changé depuis ce que j'en connais, il devrait y avoir une unité de soins intensifs, deux blocs opératoires, une grande pharmacie ainsi qu'une section d'imagerie médicale. Le tout, parfaitement autonome durent plusieurs jours. Les lits sont fournis par la Protection Civile, mais ils demeurent toujours à disposition.
La Ména : Combien de patients pouvez-vous traiter par jour ?
- Il s'agit d'une bonne question, car la réponse est moins évidente qu'il n'y paraît... Pour le comprendre, il faut conserver en mémoire que nous parlons d'un hôpital de secours, donc un hôpital réservé aux soins d'extrême urgence.
Dans ces conditions, les patients qui se présentent et qui peuvent être pris en charge dans un établissement moins bien doté y sont renvoyés ; de même, nous renvoyons chez eux des milliers de gens qui ne souffrent de rien de grave : la 1ère fonction de l'équipe médicale, c'est le diagnostic ; on peut avoir très mal et n'être pas sérieusement atteint, mais encore faut-il le savoir.
C'est pour cette raison que, si les choses sont bien gérées, et, connaissant les personnels, elles le sont, on ne doit trouver dans les lits et les unités de soins que les cas où le pronostic vital est engagé si les blessés, les malades ou les femmes enceintes ne sont pas médicalisés.
Dans ces conditions, nos médecins doivent voir entre 500 et 700 personnes par jour. D'après ce que j'ai lu, jusqu'à ce jeudi (avant-hier), notre hôpital a soigné environ 600 personnes en une semaine, exécutant environ 200 opérations de sauvetage de vies dans nos deux blocs en cinq jours, et mettant au monde 14 bébés.
La Ména : N'est-ce pas, tout de même, une goutte d'eau dans la mer, lorsqu'on parle de 200 000 morts ?
- Demandez leur avis aux personnes sauvées ! Et puis, dans notre tradition, nous disons que "qui sauve un être humain sauve un monde entier", c'est le principe qui nous guide.
Si on raisonne mathématiquement, on n'envoie aucun soin ; c'est d'ailleurs le choix qu'ont fait un grand nombre de pays développés.
La Ména : Au cours d'une émission de la Télévisions Suisse Romande, en présence notamment de Rony Brauman, ex-MSF, de la représentante de l'ONU, Mme Elisabeth Byrs, et de Jean Ziegler, vice-président du Comité consultatif du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies, les participants, hormis les Haïtiens présents qui se sont révoltés, ont conforté la décision de la Confédération Helvétique de ne pas envoyer d'aide d'urgence. Les Suisses ont, entre autres, fait valoir la distance, et le fait qu'ils ne possèdent pas d'appareils de transport ayant le rayon d'action nécessaire. Qu'en pensez-vous ?
- Je ne veux pas parler de cas que je ne connais pas bien. Je préfère parler du nôtre. Dès la décision de nos autorités politiques, un avion cargo de la compagnie El Al a été immédiatement affrété. Les 100 tonnes de matériel ont été chargées en quelques heures. Et, lorsque le 747 est arrivé à Port-aux-Princes, il n'y avait pas encore d'embouteillages à l'aéroport. Nous avons pu, très rapidement, nous installer sur le stade de football et commencer à sauver des vies.
Mais, à ce sujet également, la préparation est primordiale : le plan de chargement existait depuis longtemps pour ce type d'avion. Si ça n'avait pas été le cas, le Jumbo-jet n'aurait pas pu tout emporter et, sur place, il nous aurait manqué du matériel.